7 Jours Filpac CGT n°185 – mercredi 28 décembre 2011 
18 janvier : un sommet contre l’emploi ?
Qu’on ne s’y trompe pas : si Sarkozy convoque les syndicats à une rencontre sur l’emploi, ce n’est pas parce
qu’il est taraudé par le drame humain du chômage, ou parce qu’il y est poussé par les exigences sociales portées par les luttes.
Non, Sarkozy, surfant sur un niveau de chômage inédit, veut le transformer en arme dissuasive contre l’emploi et les salaires. Les patrons, au cœur de la crise, veulent en profiter pour « réduire le coût du travail », et imiter en cela ce qu’a réussi à obtenir le patronat allemand.
1) Un 18 janvier cerné par une crise économique amplifiée
Les banques privées préparent la nouvelle phase de la paralysie du système. Refusant de se faire crédit les unes aux autres, comme de vulgaires petits épargnants pratiquant une épargne de précaution avec le Livret A, elles placent à la Banque centrale européenne (BCE) des sommes astronomiques.
Entre lundi 26 décembre et mardi 27 décembre -- chiffre officiel et public -, la BCE a reçu en dépôt 411,81 milliards d’euros. Un record absolu. Pourquoi cette panique, pourquoi les banquiers prennent autant de
précaution ? 
Parce que le taux de rémunération de la BCE est attirant ? Absolument pas : il est de 0,25%. Mais les banques préfèrent mettre de l’argent à gauche plutôt que de le prêter aux autres banques, sachant que le risque encouru est trop fort.
Dans le même temps, 523 banques européennes, malades, sont venues empruntées à la BCE, faute de pouvoir emprunter aux autres banques, la modique somme de 489 milliards d’euros. Et par un mouvement imbécile, dont seul l’univers bancaire a le secret, elles redéposent ces sommes à la même BCE, par trouille des aléas du marché financier ! C’est-à-dire par peur d’elles-mêmes !
2). Un 18 janvier marqué par l’écrasement des salaires
Le pays est en récession. Cela veut dire que la croissance est négative. Donc la production est réduite à
moins que nécessaire. Du coup, ce qui se vend est plus cher. Le gouvernement vient d’amplifier la hausse générale des prix par une mesure d’une violence inouïe, le relèvement du taux de TVA.
Le signal du haut de l’Etat est ainsi donné à une véritable inflation, qui est le propre d’une période de
récession. La rareté des ventes enchérit le prix de la chose vendue. Et ce dans tous les domaines, d’où une liste impressionnante de hausses prévues à partir du 1er janvier 2012.
Dans le même temps que le gouvernement convoque le 18 janvier, ses experts travaillent à la liquidation
de la Sécurité sociale. Il fourbit ses armes pour casser le mécanisme social de la Sécurité du même nom, par le biais de la fiscalité. Les patrons n’auraient plus de cotisations sociales à payer, elles seraient transformées en impôt à la charge du contribuable.
Comment ? Par le biais, une nouvelle fois, de la TVA, qualifiée cette fois de sociale, puisque tous les
consommateurs – et pas seulement les contribuables – se verraient chargés de suppléer aux cotisations patronales par cet impôt sur toute marchandise vendue.
3. Le chômage de masse, facture de la crise économique du système capitaliste.
Le think tank patronal nommé Institut Montaigne, les experts du gouvernement, le Medef et son UIMM,
ont déjà formulé ce qu’ils attendent du sommet du 18 janvier : non pas une relance de l’emploi, mais un écrasement du « coût du travail » grâce à l’arme fatale du chômage.
Comment ? Les éditorialistes libéraux, ceux des Echos et du Figaro, et ceux qui monopolisent les plateaux de télé l’ont répété ces derniers temps : c’est la feuille de paie qui est l’ennemi de l’emploi. Derrière quelques mesures présentées comme des concessions, ce qu’ils visent, c’est le salaire minimum. Comme en Allemagne, leur référence absolue.
Les accords « compétitivité -- emploi »
En échange d’un engagement de la direction d’une entreprise à maintenir l’emploi pendant une période à
déterminer, le patron se réserverait le droit de baisser les salaires et d’augmenter le temps de travail suivant ce qu’il jugerait comme des impératifs de marché.
L’arme dissuasive du chômage permettrait au patronat de faire varier à la baisse le salaire, aujourd’hui
encadré à la fois par un salaire minimum conventionnel et un salaire minimum interprofessionnel de croissance.
Si vous voulez rester dans l’entreprise, alors acceptez une baisse de votre salaire, et travaillez plus.
Ainsi vous admettrez que c’est vous qui causez le chômage, puisque votre rémunération est trop importante face à la conjoncture économique.
Donc, c’est bien le prix de la force de travail un moment donné qui est cause des déboires économiques. Salariés de tout le pays, résignez-vous à gagner moins, et estimez-vous heureux d’être encore salariés. Si vous n’êtes pas content, des masses de chômeurs seront ravis de travailler à vôtre place pour trois fois moins.
Des jobs à un euro, ou au tarif RSA, comme en Allemagne
L’emploi n’est pas l’objectif patronal du 18 janvier, mais le coût du travail. Le nombre de chômeurs
permettrait au patronat de pratiquer un chantage : ou bien le chômeur accepte, sous condition du maintien de sa couverture sociale, un job au rabais, ou bien il serait chassé de Pôle Emploi.
C’est le sens de la proposition, avancée par Xavier Bertrand, issue des think tanks libéraux : l’aide
sociale serait conditionnée à la soumission à un devoir absolu, se conformer à une rétribution la plus basse possible.
Le Revenu de solidarité active, échangé contre des heures de travail payées par des courants d’air, est en voie d’expérimentation. Cette méthode de destruction de la notion de revenu social n’a d’autre fonction que de devenir exemplaire : ne toucheraient de revenus sociaux que celles et ceux qui accepteraient de travailler à des kilomètres de leur domicile à un tarif de salarié du Tiers Monde.
L’UIMM, de la caisse noire à la généralisation du travail au noir
Ce qu’avance dans la perspective du 18 janvier l’UIMM, qui a demandé à Pierre Cahuc d’élaborer une « flexisécurité » chère à la CFDT, c’est une plate-forme patronale en quatre points :
- Une assurance chômage qui est dotée d’obligations pour l’allocataire d’accepter n’importe quel boulot à l’autre bout du pays ;
- Des salariés de Pôle Emploi dotés, comme en Allemagne, d’un droit de regard sur la vie des allocataires.
- Une formation professionnelle réduite aux immédiats besoins du patronat local ;
- Un contrat de travail flexible, temps de travail et salaire.
4. Aller au 18 janvier sur la base de la plate-forme revendicative des salariés.
Le chômage, un salariat flexible ne sont pas le produit de contraintes technologiques (les nouvelles technologies de l’information), mais le fruit de réorganisations visant à renforcer la rentabilité du capital en
période de crise durable.
Le numérique a bon dos. Voilà des années que le chômage s’est installé à un haut niveau. Et les gouvernements qui se sont succédé n’y ont rien fait, sauf la période tant attaquée par Sarkozy de la mise en place des 35 heures.
Que revendiquer ?
L’application de la Constitution ! « Chacun a le devoir de travailler et
le droit d’obtenir un emploi » (article 5 du préambule de la
Constitution de 1946, intégré dans la Constitution de 1958, en vigueur)
- Le recours suspensif des comités d’entreprise contre les licenciements
(revendication adoptée par le 49e congrès des syndicats de la CGT)
- L’instauration d’un revenu social garanti, basé sur la continuité des droits du salarié, égal
à 80% du SMIC.
- La création d’une sécurité sociale professionnelle, garantissant à tout salarié le
maintien de ses droits en toute circonstance.
- Le respect du temps de travail à 35 heures, et la répartition des heures
disponibles aux chômeurs.
- Le prélèvement d’une taxe sur les transactions financières, sur les fortunes et
sur l’évasion des capitaux pour financer une politique d’emplois soutenus par
des travaux publics d’intérêt général (logements, équipements publics,
hôpitaux, etc.)
Sources : « Construire une flexicurité du marché du travail », Pierre Cahuc pour l’UIMM, mai 201 -- Dares, indicateurs décembre 2011, « Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle Emploi en novembre 2011 » -- « Un CDI pour tous », Institut Montaigne, étude novembre 2011 -- Le Figaro (organe du gouvernement) -- Les Echos -- « Pourquoi Sarkozy rêve de Berlin », 7 Jours Filpac CGT n°180, 8 décembre 2011
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C’est en avançant nos revendications que le 18 janvier ne se transformera
pas en Waterloo de l’emploi.